Le récit se doit de débuter bien avant le 29 août, après quinze années passées à écumer les compétitions de VTT aux quatre coins de France et deux années qui s’en suivirent à tourner comme un lion en cage à la maison je ne pouvais que me rendre à l’évidence qu’il me fallait reprendre une activité physique digne de ce nom.
Ne voulant pas être de nouveau esclave de longues heures d’entrainement, la course à pieds m’est apparue comme étant le sport qu’il me fallait, à vrai dire j’en avais déjà fait avant de commencer ma modeste carrière de cycliste.
Très rapidement lassé des quelques courses sur route auxquelles je participe, et ne m’entrainant qu’en pleine nature je me tourne vers les épreuves de trail, c’est également à ce moment que je découvre sur le net un site, ou les intervenants à la lecture de leur prose me semblent tous plus fou les uns que les autres.
Mais leurs récits, photos et autres descriptions me captivent et bientôt me donnent envie de vivre les mêmes sensations, je viens tout simplement d’être piqué par le virus KIKOUROU, le mal me gagne doucement et d’intervention à dose homéopathique sur le forum, j’en arrive à côtoyer lors d’entrainement, de sorties ou de courses des kikoureurs d’une grande disponibilité et gentillesse (et j’en passe !!!).
Une course retient plus particulièrement mon attention elle semble faire l’unanimité de tous, il s’agit de l’UTMB bien sur, ne me sentant pas capable après si peu d’entrainement de monter directement sur une telle distance, je commence à m’intéresser de près à sa petite sœur la CCC, une dernière discussion avec un ancien copain de club de vélo qui y a participé et terminé en 2007, fini de me convaincre.
Je passerais les détails de l’inscription, pour passer directement à la préparation, les sorties d’entrainement s’enchainent, se rallongent et se durcissent progressivement, mon passé de Vététiste me fait gagner du temps, je me connais suffisamment pour orienter au mieux mon entrainement.
La première épreuve de préparation sera le trail du petit ballon se sera également le début de mes problèmes physiques, j’en sort avec une blessure au genou et un premier arrêt de 5 semaines, deux tentatives de reprises se solderont par deux échecs, et une nouvelle période d’arrêt de 6 semaines, nous sommes déjà en juillet et le START approche à grand pas, la douleur ne semble plus être qu’un vieux souvenir, mais deux semaines avant le départ de la course une nouvelle blessure pointe le bout du nez, à une semaine de franchir la ligne je suis allongé sur la table du toubib pour une injection d’anti-inflammatoire dans le tendon d’Achille et un traitement qui se terminera la veille du départ.
Je décide néanmoins de tenter l’aventure en modifiant tout mon plan de course, fini d’espérer faire un chrono de moins de 20h, mon seul objectif est de terminer quitte à marcher. Me voilà donc sur la ligne de départ ce vendredi 29 août, ou je retrouve Vai lay (Sébastien), je n’ai pas de stress et je décide de me placer assez prêt de la ligne, j’ai participé dans ma carrière à bien des compétitions coupe de France, championnats de France etc.…, et bien croyez moi je n’ai jamais ressenti les mêmes sensations, j’ai la chair de poule, je suis ému et je n’en même pas large à 15 mn du lâcher des fauves quand les hymnes et la musique s’enchainent, oui décidément cette épreuve est singulière, différente, envoutante, je commence à comprendre ce que les auteurs des différents récits que j’ai lu ont pu ressentir et essayé de décrire, mais comme eux il m’est difficile de le retranscrire avec des mots, seul ceux qui auront tenter l’expérience pourrons je pense savoir de quoi je parle, un mot me semble résumer ce moment : inconnu.
Le START est donné synonyme de délivrance, nous commençons par un petit tour dans les rues de COURMAYEUR, je prends un rythme moyen me permettant de ne pas perdre trop de place et l’avantage que j’avais en partant devant, tout en me préservant d’un départ trop rapide, à la sortie de COURMAYEUR, j’entends qu’on m’appelle, c’est MARIE, qui va me suivre durant toute la course, en voiture, elle a prévue de me voir une dizaine de fois, mais celle-ci n’était pas au programme, ça me fait énormément plaisir, elle s’est investie totalement dans mon projet, et prends très à cœur son rôle de supportrice, allant jusqu’à stresser de me louper à un point de passage.
Nous arrivons assez vite au pieds de la première vrai ascension qui va nous mener à BERTONE, nous entrons dans le sentier, je suis sans difficulté cette longue file de coureur, mais ce qui dès le début m’inquiète, c’est que la douleur au tendon est très présente, elle ne cesse même d’enfler au fil de la montée, les premiers sms d’encouragement arrivent un ENORME MERCI A AGNES et MARIE, dans la dernière partie de l’ascension, je me fait doubler par une casquette KIKOUROU, nous échangeons quelques mots, il s’agit de CHAROGNE01 (Fabrice) inscrit comme moi dans l’équipe des bras cassés, il me dit de le suivre ce que je fais jusqu’au cent derniers mètres qui descendent sur le refuge, les jambes vont bien, la tête quand à elle est accaparée par le douleur qui devient insupportable, j’avais décidé d’être autonome jusqu’à ARNUVA pour éviter l’engorgement des premiers ravitos, j’ai bien fait, ça se bouscule de partout, je repars aussitôt en décidant de diminuer encore mon rythme pour préserver mon tendon, le début de la montée vers la tête de la tronche se fait par un sentier à fort pourcentage, m’obligeant à l’extension maxi du tendon, ce n’est plus possible, à chaque pas j’ai l’impression qu’on me cisaille la cheville, j’essaie de modifier ma façon de monter, j’alterne le pieds à plat, la pointe des pieds, le pied de coté mais rien n’y fait je suis obligé de m’arrêter régulièrement pour laisser redescendre la douleur, je perds beaucoup de place, mais en me retournant je vois que la file de coureurs est à perte de vue.
A ce moment au fond de moi je sais qu’il sera difficile d’allez au bout, mes sentiments sont partagés, mais comme pour espérer le miracle qui n’arrivera pas je décide de continuer, de ne pas redescendre à BERTONE, je passe la tête de la tronche en serrant les dents et entame la descente vers BONATTI, la distance est assez longue pour me permettre de faire le point, et c’est décidé à BONATTI j’arrête, la courte montée sur le refuge que j’ai un mal de fou à réaliser ne peut que me conforter dans cette sage décision, mais est ce la magie de cette course, le manque de lucidité, je me dit que quitte à descendre autant le faire sur ARNUVA, et me voilà toujours en course décidant même un autre coureur lâché par un genou de faire le chemin avec moi tranquillement.
Je sais qu’ARNUVA sera un point stratégique, ou je regagne COURMAYEUR ou je rejoins MARIE qui m’attend coté SUISSE mais pour cela il me faut franchir le GRAND COL FERRET, la douleur est toujours là malgré le cachet anti inflammatoire que j’ai pris, pour le moment je n’ai rien dit à MARIE, elle continue de m’encourager via les SMS, je ne suis pas dans le dur, sans cette douleur…
Je m’arrête juste avant le ravitaillement pour essayer d’y voir plus clair, assis dans l’herbe à coté de spectateurs ne comprenant pas, je m’isole pour peser le pour et le contre, la balance à l’air de pencher fortement d’un coté, je décide tout de même de pointer et de profiter de la présence d’une antenne médicale pour avoir un avis d’expert, rapidement on me fait comprendre que continuer serait de la folie, je ne peux même pas toucher le tendon sans que cela ne déclenche un rictus de douleur.
Ma décision est prise j’arrête pour ne pas risquer plus grave, à ce moment je repense à tout l’investissement que nous avons fait pour préparer ce projet avec MARIE, que c’est injuste d’être trahit par son corps, il me faut maintenant lui annoncer, c’est avec des trémolos dans la voie et les larmes aux yeux que je lui fait part de mon abandon et de ses raisons, elle me réconforte me disant que j’ai pris la bonne décision, que ma santé doit primer, nous décidons de nous retrouver à Chamonix, je vous passe les détails du retour avec les navettes, tout une épopée, mais avant de prendre le premiers bus je dois envoyer un dernier SMS à AGNES lui indiquant mon abandon, je veux rapidement sortir de cette course, je n’ai plus rien à y faire, même si cela peu paraître banal, la réponse d’AGNES me fait un bien fou au moral dans ces cas là on se raccroche à des riens.
A COURMAYEUR je retrouve VAI LAY qui a abandonné peu après moi à ARNUVA, comme prévu MARIE m’attends à la descente du bus, son sourire, me regonfle un peu, et je me dis qu’il y a plus malheureux que moi, nous décidons de regarder l’arrivée de Guillaume LENORMAND, et de rentrer en ALSACE dès le lendemain, je n’ai pas le courage de croiser la joie des finischer, un dernier arrêt au col de la FORCLAZ pour voir passer les premiers de l’UTMB et encourager JULIEN et retour à la maison, avec un SMS de HAY DAVID qui lui aussi me réconforte, merci à KIKOUROU et aux KIKOUREURS, vous êtes tous fous mais c’est une bonne folie.
Après deux jours de réflexion et le suivi live réalisé d’une main de maître par AGNES, je retenterais l’expérience en 2009, mais ma préparation sera différente, totalement axée sur la CCC, peut être faudra t’il que je fasse des choix entre mes différentes activités de bénévolat, mais je sais maintenant que c’est à ce prix que je pourrais moi aussi franchir la ligne d’arrivée.
Encore un grand merci de m’avoir fait découvrir ce monde de l’ultra au travers de KIKOUROU, mes félicitations et le respect à tous les KIKOUREURS ayant fini la CCC ou l’UTMB et surtout à MARIE de m’avoir soutenu et encouragé, rendez vous l’an prochain pour tous ceux qui comme moi reste sur un gout d’inachevé.
Et désolé d’avoir été aussi long.
Commentaires
Bravo pour avoir essayé, bravo pour avoir su prendre la bonne décision, et bravo par avance pour la réussite lors de la prochaine tentative !
La question suivante se pose étant donné qu'il était un peu dans le même cas que toi de reprise d'une activité intense après quelques années de relâche. Est-ce le surentrainement ?
Qu'en penses-tu ?
Felicitations tous de meme pour ta course et ton recit !
Quel mental pour être allé aussi loin avec une douleur si intense. Malgré tout la raison l'emporte parfois sur la folie et tu as eu bien raison qu'est-ce que j'aurais fait d'un éclopé dans nos montagnes d'Alsace???!!! ;o)
Au plaisir de se revoir ne serait-ce que pour boire un coup en attendant la fin de ta convalescence...
Bravo à toi.
Merci pour ce récit qui fait bien passer tes émotions.
Amitié à vous deux
Virginie
Lola.
Mais comme tu le dis, tu y retourneras l'an prochain. Ce n'est donc que partie remise !
Respect Stef... respect !
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